Ces pistes que vous ne connaissez peut-être pas encore
Je vais être honnête avec vous : les pistes cyclables parisiennes, c’est mon obsession. Quand je viens à Paris pour le boulot — et j’y viens souvent — je réserve systématiquement quelques heures pour explorer. Pas les grandes artères balisées de partout, pas les quais de Seine bondés de touristes en trottinette. Non. Je parle des axes que vous découvrez par hasard, dont un ami vous glisse le nom au détour d’une conversation, ou que vous repérez sur Strava en regardant les traces des autres.
Après des années à sillonner Paris à vélo — en Vélib’, en location, ou avec mon propre vieux Bianchi vert — j’ai dressé ma liste personnelle. Cinq axes qui méritent d’exister dans votre GPS. Cinq coups de cœur que je partage avec la même émotion que si je vous recommandais un restaurant secret.

1. Le boulevard Mortier (20e) : large, vide, presque irréel
Le boulevard Mortier longe les anciennes fortifications de Paris, côté nord-est du 20e arrondissement. C’est ici que se trouvent les locaux de la Direction générale de la Sécurité extérieure — la DGSE, rien que ça. Peut-être est-ce pour cette raison que les touristes s’en tiennent à l’écart ?
La piste cyclable est large, bien marquée, et d’un calme déconcertant. Le revêtement est correct, le trafic quasi inexistant aux heures ouvrées. On pédale là comme si on avait oublié qu’on était à Paris. Les platanes filtrent la lumière en fin d’après-midi et ça donne quelque chose de presque cinématographique. Je l’emprunte toujours en venant de la porte des Lilas vers la porte de Bagnolet — une petite boucle que j’intègre systématiquement quand je loue un vélo dans l’Est parisien.
Le trajet est court (environ 1,5 km), mais l’effet de dépaysement est total. Si vous cherchez à vous vider la tête entre deux réunions, c’est ici.
2. L’axe Cardinet-Batignolles : le charme de la lenteur
Les Batignolles, c’est l’un de ces quartiers parisiens qui ressemble encore à un village. La rue Cardinet et ses alentours ont bénéficié, dans le cadre du réaménagement du quartier Clichy-Batignolles, d’un sérieux coup de neuf. Les pavés ont été refaits, les pistes cyclables redessinées, la cohabitation avec les piétons pensée avec soin.
L’axe qui rejoint la rue Cardinet depuis le parc Clichy-Batignolles (Martin-Luther-King) offre une expérience douce, presque campagnarde pour le 17e arrondissement. Les voitures y sont dissuadées, les cyclistes et piétons dominants. Le revêtement est récent et agréable sous les roues.
Je recommande de prolonger jusqu’à la place du Docteur-Félix-Lobligeois, prendre un café en terrasse, observer les habitants du quartier. C’est ça, Paris à vélo quand c’est réussi : arriver quelque part sans y avoir pensé.

3. Les voies de Montrouge (14e/Montrouge) : la périphérie bien pensée
Il faut sortir légèrement du périphérique, à la hauteur de la porte de Montrouge, pour comprendre quelque chose d’important : parfois la banlieue proche fait mieux que Paris intra-muros.
Les voies cyclables de Montrouge — ville limitrophe du 14e — sont larges, séparées physiquement du trafic motorisé, et connectées intelligemment au réseau parisien. La continuité avec l’avenue du Maine et la rue d’Alésia est bien assurée. On file depuis la place Denfert-Rochereau vers le sud avec une fluidité que beaucoup d’axes parisiens nous envient.
Petit détail qui compte : le revêtement est entretenu avec rigueur par la commune de Montrouge, plus réactive que certains arrondissements parisiens sur ce point. Résultat — on roule bien, vite, sans se battre avec des nids-de-poule à chaque pédalée.
Pour ceux qui logent dans le 14e ou qui veulent rejoindre Montrouge sans stress, cet axe mérite vraiment qu’on le teste au moins une fois.
4. Le couloir Ménilmontant-Gambetta en descente : le plaisir pur
Celui-là, je l’avoue, c’est un coup de cœur un peu égoïste. La descente de la rue de Ménilmontant vers la place Gambetta, en fin de journée, quand les livreurs se font rares et que la lumière tombe bien sur les façades en pierre — c’est l’une des sensations cyclistes les plus jubilatoires de Paris.
La déclivité est franche (environ 4-5% sur quelques centaines de mètres), la rue est large, la piste cyclable suffisamment dégagée pour que vous puissiez prendre de la vitesse sans effrayer les passants. Le quartier est vivant, coloré, authentiquement populaire. On croise des épiceries, des ateliers d’artistes, des bars où les gens débordent sur le trottoir.
Attention, le sens montée est tout autre histoire : ça grimpe sérieusement, et ce n’est pas forcément là que j’envoie mes clients non sportifs. Mais en descente ? C’est parfait. Quasi parfait.
Une variante : en repartant de Gambetta vers le bas par la rue des Pyrénées, vous pouvez enchaîner une boucle fort agréable vers Charonne.
5. La rue de Charenton la nuit : un boulevard secret
Je garde le meilleur pour la fin — ou plutôt, le plus inattendu.
La rue de Charenton, dans le 12e arrondissement, est un axe que je qualifie de « boulevard secret » uniquement la nuit. En journée, c’est une rue animée, commerçante, avec une piste cyclable honorable mais rien d’exceptionnel. Mais après 22h, les données changent complètement.
Le trafic motorisé s’évapore. La piste cyclable, qui court sur une bonne partie de l’axe depuis Nation jusqu’à Bercy, devient une sorte de voie royale pour les cyclistes nocturnes. Les feux de signalisation semblent synchronisés (ou c’est peut-être juste une impression à cette heure-là). Les commerces éteignent leurs néons, les terrasses se vident, et il ne reste que vous, votre vélo, et le bruit de la ville qui se couche.
J’ai découvert cet axe un soir de retard — une réunion qui s’était éternisée, une envie de ne pas prendre le métro. Je pédalais seul rue de Charenton vers 23h et j’ai eu cette sensation rare : celle d’avoir Paris pour moi tout seul. Ou presque.
Pour ceux qui font des nuits tardives dans la capitale, gardez cette adresse dans un coin de la tête.
En guise de conclusion : la carte n’est pas le territoire
Ces cinq axes ne figurent dans aucun guide officiel que j’ai trouvé. Ils ne sont pas promus par la Ville de Paris dans ses campagnes de communication. Ils existent parce que des cyclistes les ont découverts, testés, aimés, et partagés entre eux.
C’est ça, la vraie culture vélo urbaine : une transmission orale (ou numérique, via Strava et les forums) d’une génération de cyclistes à l’autre. Les meilleures pistes ne se trouvent pas toujours sur les cartes officielles. Elles se trouvent dans les mémoires de ceux qui font Paris à vélo, semaine après semaine.
Alors si vous avez vos propres spots secrets — glissez-les en commentaire. Je suis preneur, comme toujours.
— Marco B.