La Coulée Verte : de Bastille à la forêt de Sénart
Quarante-cinq kilomètres. C’est la distance qui sépare le Viaduc des Arts, au cœur du 12e arrondissement de Paris, de la forêt de Sénart, au sud de l’Île-de-France. Un axe vert quasi continu, parfait pour une grande sortie dominicale ou le départ d’un week-end à vélo. La Coulée Verte René-Dumont — ancienne ligne de chemin de fer reconvertie en promenade urbaine — est l’une des pépites méconnues du cyclisme francilien.
Samir K. l’a parcourue de bout en bout. Carnet de route.

Kilomètre zéro : le Viaduc des Arts, 12e arrondissement
On commence sous les arcades du Viaduc des Arts, avenue Daumesnil. L’adresse est connue des amateurs de design et d’artisanat : des dizaines de galeries et d’ateliers sont installés sous les arches de ce viaduc en brique rouge du XIXe siècle. Mais c’est au-dessus que ça se passe, pour nous.
On monte par l’escalier côté Bastille — il y en a plusieurs le long du parcours — et on se retrouve sur une allée surélevée de quatre mètres, plantée de rosiers, de lavande et d’arbustes taillés. La ville défile en contrebas. C’est presque magique. Un peu comme traverser Paris en douce, sans les feux tricolores, sans les taxis.
Cette section en viaduc fait 1,5 km, jusqu’à la rue de Reuilly. C’est la portion la plus spectaculaire, et aussi la plus fréquentée — promeneurs, poussettes, joggeurs. Roulez doucement, respectez les piétons. Ce n’est pas une piste de vitesse.
En tranchée : de Reuilly au boulevard Périphérique
Passé la rue de Reuilly, la Coulée Verte descend en tranchée. L’atmosphère change du tout au tout. On plonge sous le niveau de la rue, entre des murs de pierre couverts de lierre. C’est plus ombragé, parfois humide en hiver, mais d’un calme absolu. On traverse ainsi le 12e arrondissement jusqu’à la Porte de Charenton, où la promenade quitte Paris pour entrer dans le Val-de-Marne.
Cette portion est moins connue des touristes. On y croise surtout des habitants du quartier, des cyclistes en tenue et quelques lycéens à vélo. L’atmosphère est authentiquement parisienne — loin des circuits touristiques.
Astuce : En semaine, la tranchée peut être légèrement encombrée à hauteur de la rue Michel Bizot. Patience.
La jonction avec la voie verte du Val-de-Marne
C’est le passage clé de l’itinéraire. Au niveau de la Porte de Charenton, la Coulée Verte parisienne rejoint la voie verte du Val-de-Marne, qui prolonge le trajet vers le sud jusqu’à Sucy-en-Brie et au-delà. La signalétique est présente, mais parfois discrète — gardez votre application GPS à portée de main.
On traverse alors plusieurs communes : Saint-Mandé, Vincennes, Fontenay-sous-Bois, puis on longe les bords de la Marne. Le paysage se transforme progressivement. Les immeubles haussmmanniens cèdent la place aux pavillons, puis aux zones boisées. L’Île-de-France profonde commence à apparaître.

La voie verte est excellente sur la majeure partie du parcours : asphalte lisse, balisage correct, pas de circulation automobile. C’est du vélo de qualité.
Passages à éviter et alternatives sur route
Soyons honnêtes : l’itinéraire n’est pas parfait de bout en bout. Il y a quelques sections où la continuité cyclable est rompue, notamment :
- À hauteur de Croissy-Beaubourg, entre le km 28 et le km 32 environ : la voie verte est interrompue et on doit emprunter des routes secondaires. La circulation y est modérée mais présente. Restez vigilants, signalez vos changements de direction.
- Aux abords de Combs-la-Ville, la signalétique peut manquer. Téléchargez l’itinéraire sur Komoot ou Strava avant de partir — vous vous épargnerez des détours inutiles.
Ces trous dans l’itinéraire sont connus des associations cyclistes locales et font l’objet de demandes d’amélioration auprès des collectivités. Affaire à suivre.
Ravitaillement en chemin : boulangeries et marchés
Une sortie de 45 km, ça se prépare — et ça se ravitaille en route. Bonne nouvelle : le parcours traverse plusieurs bourgs et marchés.
- Vincennes : la rue de Fontenay offre plusieurs boulangeries et une épicerie fine. Le marché de Vincennes se tient le mardi et vendredi matin — si vous partez tôt un jour de marché, profitez-en pour faire le plein de vivres.
- Sucy-en-Brie : charmant village avec une boulangerie artisanale bien approvisionnée. Les croissants du matin y sont réputés dans le coin.
- Combs-la-Ville : plus grande ville du parcours, avec un centre commercial en périphérie et quelques restaurants pour une pause méritée.
Conseil de Samir : emportez toujours votre propre eau et une barre de céréales. Les arrêts ravitaillement sont agréables, mais on ne sait jamais si le commerce du coin est ouvert le dimanche matin.
Arriver à la forêt de Sénart
Après environ 45 km et 2h30 à 3h30 de pédalage selon votre rythme, on entre dans la forêt régionale de Sénart — 3 200 hectares de chênes et de charmes gérés par la Région Île-de-France. Un poumon vert exceptionnel, traversé par des dizaines de sentiers balisés.
Le contraste avec le départ, en plein Paris, est saisissant. On a quitté l’asphalte des boulevards pour un sous-bois silencieux. C’est l’un des effets les plus frappants de cet itinéraire : sentir la ville se dissoudre progressivement, kilomètre après kilomètre, jusqu’au silence presque complet de la forêt.
Plusieurs aires de pique-nique sont aménagées à l’entrée de la forêt. C’est l’endroit idéal pour souffler, manger, et apprécier le trajet accompli.
Retour en RER D avec le vélo
Pas question de refaire 45 km dans l’autre sens — sauf si vous êtes de ceux-là. Pour les autres, le RER D est la solution. La gare de Lieusaint - Moissy se trouve à environ 3 km de l’entrée principale de la forêt de Sénart, en direction du nord-est.
Le RER D permet de transporter les vélos sans supplément, sauf aux heures de pointe (7h-9h et 16h30-19h en semaine). Le week-end, c’est libre toute la journée. Comptez environ 45 minutes de trajet pour rejoindre Gare de Lyon, puis Châtelet-Les Halles si nécessaire.
Important : les vélos doivent être transportés dans la rame réservée, en général en tête ou en queue de train. En période estivale, cette rame peut être bondée — arrivez tôt au quai.
Renseignez-vous sur les horaires sur le site officiel Transilien avant de partir, surtout les week-ends et jours fériés où des travaux peuvent modifier le service.
Préparer sa sortie : conseils pratiques
Quelques points à régler avant de pédaler :
Le vélo : Un vélo de ville ou un gravel convient parfaitement. Le VTT est inutile — aucun dénivelé significatif. Le vélo de route fonctionne aussi, mais les quelques portions sur route secondaire peuvent être inconfortables sur des pneus très fins.
La météo : Vérifiez les prévisions la veille. La tranchée peut être glissante après la pluie. Et 45 km de vélo sous la pluie battante, c’est héroïque mais pas indispensable.
La cartographie : Téléchargez l’itinéraire hors ligne sur Komoot (recherchez “Coulée Verte - Sénart”) ou sur l’application Maps.me. En cas de rupture de réseau en forêt, vous ne serez pas perdus.
L’équipement : Casque évidemment, lumières si vous partez tôt, kit de réparation basique (démonte-pneu, chambre à air, pompe). Et une veste légère — la forêt peut être fraîche même en été.
Conclusion : 45 km de liberté
La Coulée Verte René-Dumont n’est pas un itinéraire parfait au sens technique du terme. Elle a ses trous, ses maladresses, ses passages moins beaux. Mais elle a quelque chose que peu d’axes cyclables d’Île-de-France peuvent offrir : une continuité narrative. On part de la ville dense, on traverse les faubourgs, on longe les bords de Marne, et on arrive dans une forêt centenaire. Tout ça à vélo, sans jamais vraiment monter dans une voiture.
C’est une sortie qui raconte quelque chose. Et ça, c’est rare.
— Samir K.