Sortie de week-end en famille : Paris → Auvers-sur-Oise en cargo

Il y a des vendredis soir où tout s’accélère dans la bonne direction. Le cargo est chargé — deux enfants, deux sacoches, un filet à provisions et le casque de rechange coincé entre les barreaux. On pousse les pédales doucement, Paris commence à se diluer. C’est parti pour Auvers-sur-Oise, soixante kilomètres plus loin, dans la lumière jaune de Van Gogh.

Le départ : la piste Montmartre depuis Paris Nord

On part de la gare du Nord un samedi matin, avant que la ville ne soit vraiment réveillée. Le cargo — un Babboe City Mountain dans notre cas, mais n’importe quel longtail ou bakfiets fait l’affaire — pesait sa charge avec sérénité. La piste cyclable qui longe le boulevard de la Chapelle jusqu’à Barbès est étroite mais praticable. On traverse Montmartre par la rue Ordener vers la rue du Ruisseau, une ascension courte mais sérieuse avec un cargo chargé : mettez le moteur en mode « turbo » si vous en avez un, les enfants adorent l’effet fusée.

De là, le boulevard périphérique se passe en tunnel vélo à la Porte de la Chapelle — une percée récente dans le réseau cyclable parisien, inaugurée en 2023 dans le cadre des aménagements olympiques. On débouche côté Saint-Denis, et la plaine s’ouvre devant nous comme un écran de cinéma.

Cargo family longtail chargé pour un week-end à Auvers-sur-Oise

L’axe Canal de l’Ourcq : Pantin, Bobigny, Claye-Souilly

La vraie magie de cet itinéraire, c’est le Canal de l’Ourcq. On l’attrape à Pantin, à la hauteur de la Philharmonie — si les enfants demandent pourquoi ce bâtiment ressemble à un vaisseau spatial, c’est Jean Nouvel, et la réponse est : parce que c’en est un, presque. Le chemin de halage est large, plat, ombragé l’été par des platanes centenaires. Parfait pour un cargo family.

On longe les bassins de La Villette, on croise des péniches, des hérons qui attendent immobiles comme des peintures. À Bobigny, le canal se rétrécit mais le chemin reste praticable. Vers Sevran, l’atmosphère change : moins urbaine, plus végétale. Les premiers champs de blé apparaissent au loin.

Claye-Souilly marque la fin du canal et le début de la plaine. C’est ici qu’on fait la première vraie pause — un boulanger sur la place principale vend des pains au chocolat encore tièdes à 9h30. Les enfants descendent du cargo comme s’ils sortaient d’un cocon, les jambes encore endormies.

Distance depuis Paris : environ 25 km. Dénivelé : quasi nul.

La traversée de la plaine de France

La plaine de France, c’est un paysage que les Parisiens ne soupçonnent pas. Houblonnières, champs de colza jaune au printemps, silos à grains, villages discrets. Le vent peut souffler ici — avec un cargo chargé, un vent de face, c’est une leçon d’humilité. Prévoyez cette section pour le milieu de matinée, avant que la chaleur ne monte.

L’itinéraire conseillé passe par Dammartin-en-Goële (vue imprenable depuis la vieille ville sur la plaine entière), puis descend vers Vémars et Survilliers. Les routes sont peu fréquentées, parfois sans bande cyclable marquée, mais la circulation y est suffisamment rare pour que les enfants soient en sécurité à l’arrière du cargo.

On bascule ensuite vers la vallée de l’Oise. Mériel, L’Isle-Adam, ses guinguettes au bord de l’eau, ses plages de sable fin (oui, une vraie plage à 40 km de Paris). Si vous avez un peu d’avance sur votre planning, L’Isle-Adam mérite un arrêt déjeuner au bord de l’Oise.

Vue sur la vallée de l'Oise depuis les hauteurs d'Auvers-sur-Oise

Arrivée à Auvers : la maison de Van Gogh à vélo

Auvers-sur-Oise, c’est un village qui porte ses fantômes avec élégance. Van Gogh y a passé les soixante-dix derniers jours de sa vie, de mai à juillet 1890. Il y a peint 80 tableaux. Quatre-vingt tableaux en soixante-dix jours — le chiffre donne le vertige.

On arrive par le bas du village, depuis la rive gauche de l’Oise. Le cargo passe sans problème dans les ruelles pavées, même si on ralentit naturellement face aux touristes qui photographient la célèbre église Notre-Dame (celle du tableau, oui, elle est exactement comme ça). La maison du Dr Gachet et l’auberge Ravoux — où Van Gogh louait sa chambre pour 3,50 francs par mois — sont toutes deux accessibles à pied ou à vélo depuis la place principale.

L’auberge Ravoux, aujourd’hui Maison de Van Gogh, propose des visites guidées de la chambre mansardée. Petite, sobre, émouvante. Les enfants de 7 ans et plus saisissent instinctivement quelque chose de grave dans cet espace de 7 mètres carrés. Le cimetière où reposent Vincent et son frère Théo est à dix minutes à pied, en haut du village, dans les champs de blé du tableau éponyme.

Hébergement vélo-friendly à Auvers

C’est le point logistique critique pour un voyage en cargo : trouver un hébergement qui accepte un vélo de 1,90 m de long et 50 kg à garer en sécurité. Quelques adresses testées et validées :

  • Le Moulin de la Galette d’Auvers (chambres d’hôtes) : cour intérieure, espace pour les cargos, propriétaires cyclistes eux-mêmes. Appeler avant pour confirmer la disponibilité du stationnement.
  • Les gîtes de la vallée de l’Oise (Gîtes de France label) : plusieurs maisons à Auvers et alentours disposent de garages ou de jardins. Filtrer sur le critère « espace vélo » sur le site Gîtes de France.
  • Camping de l’Ile de Loisirs à Cergy-Pontoise (à 15 km) : dernière option si Auvers est plein — le camping accepte les vélos cargo et dispose d’emplacements spacieux.

Conseils pratiques : toujours confirmer par téléphone, jamais par message uniquement. Précisez les dimensions du cargo. Apportez votre propre antivol en U (le modèle Kryptonite New York ou équivalent) pour sécuriser le vélo la nuit.

Le retour en train : cargo et enfants dans le Transilien

Le retour en train depuis Auvers-sur-Oise, c’est la partie qui demande le plus de préparation logistique — et qui est finalement bien plus simple qu’on ne le craint.

La gare d’Auvers-sur-Oise est desservie par la ligne H du Transilien (Paris-Nord → Pontoise → Saint-Ouen-l’Aumône, avec arrêt à Auvers). Les trains circulent environ toutes les heures le week-end. Horaires sur SNCF Connect.

Le cargo dans le Transilien : Les vélos non démontés sont autorisés dans les trains Transilien, sous réserve de place disponible dans les espaces vélos (signalés par un pictogramme vélo sur la rame). Un cargo family entre généralement dans ces espaces si le train n’est pas bondé. Évitez les trains du dimanche soir entre 17h et 19h — préférez partir vers 15h ou attendre 19h30.

Billets : le vélo est gratuit dans le Transilien (Île-de-France Mobilités). Seuls les voyageurs paient leurs titres de transport. Avec deux enfants de moins de 11 ans, la carte Enfant+ offre des réductions significatives.

Un détail qui change tout : embarquer en tête ou en queue de train, là où les espaces vélos sont souvent moins encombrés. Et prévenir le contrôleur à la montée — les agents Transilien sont généralement coopératifs quand on leur explique la situation.

Ce qu’on emporte, ce qu’on laisse

Pour deux jours avec deux enfants en cargo :

  • Sacoches latérales (20L par côté) : vêtements, trousse de secours, chargeurs
  • Bidon d’eau de 1,5L par personne (pas toujours facile de remplir en route)
  • Snacks secs pour la plaine de France (les villages y sont rares)
  • Kit de réparation minimal : chambre à air cargo (attention au format spécifique), démonte-pneus, pompe
  • Casques pour tous — y compris le casque coloré de la petite qui refuse d’enlever le sien même à table

Laisser à la maison : la culpabilité d’être partis le vendredi soir. Le portable qu’on vérifie toutes les dix minutes. L’idée qu’un week-end sans voiture, c’est compliqué.

Le fondu au noir

On rentre un dimanche soir, les enfants endormis dans le cargo comme dans un berceau géant. La lumière de juillet est longue, orange, exactement celle que Van Gogh cherchait à capturer. Le train repart vers Paris dans vingt minutes.

Auvers, c’est soixante kilomètres de Paris et soixante-dix ans en arrière. En cargo, c’est une journée de pédalage, une nuit dans un village silencieux, et le retour par les rails avec des jambes qui savent quelque chose de neuf.

Distance totale : environ 60 km. Dénivelé cumulé : 350 m (très progressif). Profil : accessible avec un cargo électrique. Avec un cargo musculaire : prévoir une journée et demie à l’aller.

— Zoé M.